Pr Jean-Claude ALDIGIER


La Fondation partenariale de l’Université de Limoges porte la chaire d’excellence « Immuno-pathologie des maladies rénales ». Les travaux de recherche de cette chaire, encadrés par le professeur Michel Cogné, directeur de l’UMR 7276 CRIBL, portent sur la compréhension de la Maladie de Berger, une maladie auto-immune particulièrement fréquente atteignant les reins.

Rencontre avec Jean-Claude Aldigier, professeur émérite de néphrologie et président de l’ALURAD, partenaire financier de cette chaire.

Pouvez-vous nous présenter cette chaire en quelques phrases ? Qu’est-ce que la Maladie de Berger ? Qu’apportez-vous à la compréhension de cette maladie ?

Nous avons créé cette chaire avec l’objectif de progresser dans la compréhension de la physiopathologie de la Maladie de Berger. Cette maladie porte le nom de celui qui l’a décrite pour la première fois. En termes plus scientifiques, il s’agit de la  glomérulonéphrite à dépôts mésangiaux d’IgA ; cette  affection  touche essentiellement les reins. Elle est  relativement fréquente en effet  dans une structure comme le CHU de Limoges, nous voyons une vingtaine de nouveaux cas par an. Cette maladie est d’origine très mystérieuse et  nous ne connaissons qu’assez peu de choses de sa physiopathologie. Elle revêt différents aspects cliniques: ce peut être une maladie complètement bénigne qu’on découvre à un moment donné, puis pendant 20 ans il ne se passera rien ; à l’inverse, il peut revêtir un aspect complètement différent et après quelques mois, les reins peuvent être totalement  détruits conduisant à proposer aux patients une méthode de suppléance c’est-à-dire une dialyse ou une transplantation rénale.

La chaire a été créée en 2015 pour 4 ans et a récemment été prolongée. Pouvez-vous nous parler de l’avancée des recherches et des réalisations ?

Un modèle de souris ayant comme caractéristique synthétiser de l’immunoglobuline A humaine a été mis au point avant la constitution de la chaire. Nous nous sommes rendu compte  que cette IgA  humaine se déposait sur le rein. Nous avions finalement trouvé un modèle – et ceci sans le penser au départ – qui reproduit à peu près la maladie qu’on rencontre chez l’homme et qui nous offre la possibilité de mieux connaitre la physiopathologie de cette affection.
La première étape était donc, après avoir mis au point ce modèle  de préciser les caractéristiques qui faisaient que cette IgA avait la capacité de se déposer sur le rein. Depuis, nous avons perfectionné ce modèle et nous avons compris que ces IgA promptes à se déposer possèdent des caractères spécifiques en particulier sur leur partie variable.
Nous avons croisé notre modèle de souris synthétisant  de l’IgA humaine   avec des animaux qui sont dans l’incapacité  de modifier cette partie variable grâce  à une mécanique très complexe d’hypermutation dans le but  de la rendre plus affine et spécifique pour un antigène donné.
Pour apprécier cette hypermutation et donc la composition et structure de l’IgA nous avons besoin  d’un outil bio-informatique très performant ; François Boyer assure cette analyse.

Le partenaire financier de la chaire est l’ALURAD. Est-ce que vous pourriez-vous nous présenter cette structure ?  Comment travaillez-vous ensemble ?

L’ALURAD (Association Limousine pour l’Utilisation du Rein Artificiel  à Domicile) est une association régie par la loi 1901 ; elle a été  créé en 1972 ; son objectif est de traiter les patients qui ont une insuffisance rénale chronique c’est-à-dire dont les reins ne fonctionnent plus. Nous leur proposons une technique de substitution qui est l’hémodialyse ; ce traitement très lourd  peut être fait à l’hôpital ou dans une structure telle que  l’ALURAD. L’ALURAD a implanté des centres  disséminés sur le territoire de façon à ce que les patients soient pris en charge au plus près de chez eux. Aujourd’hui, cette structure emploie plus de 120 personnes et traite, en Limousin, plus de 300 patients qui ont une maladie des reins, et parmi eux beaucoup ont la maladie de Berger.

Professeur Aldigier, vous êtes chercheur à l’Université et président de l’ALURAD. Comment se présente votre travail avec ce double rôle ? En quoi ce lien recherche académique et entreprise est-il important selon vous ?

Je suis président du conseil d’administration de l’ALURAD depuis plusieurs années. L’ALURAD est une structure qui est très autonome animée par une directrice accompagnée de personnel administratif  et une équipe médicale (7 médecins) et para-médicale. Le président du CA a finalement un rôle très discret : il anime  les réunions du CA, il doit être au courant des actualités et réfléchir à la stratégie de l’ALURAD pour  son développement sur le territoire régional.
Parallèlement, je suis professeur émérite. J’ai quitté mon activité médicale et j’ai conservé mon  activité de recherche que j’exerce dans l’unité  CNRS 7276 animée par le Pr Michel Cogné. Notre équipe est constituée de François Boyer qui est normalien, physicien qui s’intéresse aux caractéristiques physiques des IgA et qui dans le laboratoire est le référent  bio-informatique , Madame Druilhe, qui est chercheure Inserm, Madame Christelle Oblet qui est technicienne et Mademoiselle Batoul Wehbe qui effectue sa thèse de doctorat. Notre groupe est donc relativement restreint.

Quel est le budget de la chaire ? Comment les crédits sont-ils utilisés ?

Le budget de la chaire est de 75000 euros par an financé par l’ALURAD. Actuellement, elle prend en charge le salaire de François Boyer  et des dépenses de fonctionnement. Le conseil d’administration de l’ALURAD a accepté de financer cette chaire à la condition de recevoir tous les ans un rapport de l’activité de la chaire permettant de justifier les dépenses. Tous les membres du CA parmi lesquels on trouve également des patients y sont très sensibles.

Si vous aviez un souhait à formuler pour la chaire, que souhaiteriez-vous dire ?

De façon bien banale de disposer de  davantage de financement, pour recruter plus de personnes pour travailler sur ce sujet passionnant.
Propos recueillis par Carolin Rost